"Comment, au-delà de nos éco-anxiétés, des angoisses et divers messages qui hantent nos nuits sous forme de cauchemars, retrouver un art ancestral du rêve qui puisse nous régénérer, non seulement pour survivre individuellement mais surtout pour s’organiser collectivement ?" Barbara Glowczewski
Table ronde avec les anthropologues Barbara Glowczewski et Nastassja Martin.
Il n’y a pas si longtemps chez nous, les rêves étaient encore considérés comme des voyages. Les rêveurs ne tournaient pas en boucle à l’intérieur d’eux-mêmes la nuit en s’inventant des dialogues ventriloques, mais transhumaient vers d’autres mondes. Ils revenaient chargés d’une mémoire déposée en eux, et c’était de cette altérité dont il fallait se souvenir pour orienter correctement ses pas au réveil. Pour de nombreux collectifs autochtones, la vie onirique reste un champ fondateur de l’expérience, parce qu’elle permet d’ouvrir des brèches entre des entités aux corps si différents qu’elles ne sont pas censées pouvoir se comprendre.
En Australie, l’anthropologue Barbara Glowczewski travaille le rêve pour saisir comment il est devenu un outil existentiel et politique permettant une reprise des terres par des liens spirituels qui affirment une culture vieille de 67 000 ans, ancrée dans des milliers de lieux. Au Kamtchatka, l’anthropologue Nastassja Martrin suit les récits oniriques des Evènes pour comprendre comment les rencontres nocturnes leur permettent de répondre aux métamorphoses écologiques et climatiques actuelles.
Leur dialogue s’attachera à chercher ce qui, dans le travail collectif du rêve, permet non seulement de résister aux crises systémiques mais aussi d’ouvrir de nouveaux possibles d’actions non encore imaginées.
Cette soirée est organisée dans le cadre du séminaire de la Chaire habitabilité de la terre et transitions justes (CNRS, ISJPS (Paris 1 Sorbonne)
Intervenant·es :
Barbara Glowczewski est directrice de recherche émérite du Cnrs, membre du laboratoire d’Anthropologie sociale, travaille depuis 1979 avec des Aborigènes d’Australie sur leurs rituels, arts et luttes pour la justice sociale et environnementale. Elle fait résonner les solidarités des peuples autochtones et les mobilisations pour la défense des terres en France. Autrice d’une douzaine de livres – dont Rêves en colère (Plon/Terre Humaine), Réveiller les esprits de la terre (Dehors), Indigenising Anthropology with Guattari and Deleuze (EUP)- et plus de 150 articles (voir collectif Mondes postcapitalistes, et https://journals.openedition.org/ateliers/20388)
Nastassja Martin est anthropologue, diplômée de l’École des hautes études en sciences sociales, spécialiste des populations arctiques. Elle est l’autrice des Âmes sauvages. Face à l’Occident, la résistance d’un peuple d’Alaska (La Découverte, 2016), qui a reçu le prix Louis Castex de l’Académie française, de Croire aux fauves (Verticales, 2019) et de A l’Est des rêves, réponses even aux crises systémiques (La Découverte, 2022).
Cet événement est organisé avec la revue Terrestres, la revue des écologies radicales Depuis 2018, Terrestres est le laboratoire des pensées, des luttes et des pratiques qui s’inventent pour répondre à la catastrophe écologique et contrer l’emprise du capitalisme sur les vivants.
🥗☕️🍻 La Buvette de l’Académie est ouverte du mercredi au samedi de 11h à minuit !
Au déjeuner, venez déguster des plats végétariens, de saison et ultra locaux, avec des options végan et sans gluten, cuisinés par Yes We Camp. Au goûter, des gâteaux et pâtisseries et en soirée des petits plats à partager. À toute heure, bières, vins, boissons chaudes et fraîches !