Quelle diplomatie pour une cosmopolitique des communs ?

Rencontre
mer 26 Nov

18h30 - 21h

Académie du Climat
2 place Baudoyer – Paris 4e

Gratuit Sur inscription

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Mise à jour le 10/11/2025
Quelle diplomatie pour une cosmopolitique des communs ?

Nous verrons comment les communs et les biens communs, y compris les biens communs publics mondiaux et naturels, constituent des leviers politiques et concrets pour construire, avec les habitants de la terre, une nouvelle cosmopolitique.

Initiée par Claire Dehove avec Pierre Dardot & Christian Laval

« Des mouvements esquissent partout une politique des communs, ces institutions fondées sur l’autogouvernement des milieux de vie. Mais, si leurs promesses démocratiques et égalitaires dessinent déjà un autre horizon politique, il ne suffit pas d’attendre patiemment que ces petits îlots se multiplient et s’agrègent pour en révéler la puissance révolutionnaire planétaire. Il s’agit maintenant de se demander comment penser les échelles d’action et leur articulation sans céder à l’illusion d’un emboîtement vertical. L’enjeu suppose de tirer le bilan des internationalismes du passé, de comprendre les limites que l’altermondialisme s’est lui-même imposées et d’établir l’inadéquation des variétés anciennes de cosmopolitisme aux exigences nouvelles. En œuvrant à composer un monde commun qui procéderait des multiples manières de faire monde, la cosmopolitique des communs permet désormais d’envisager lucidement la possibilité d’une nouvelle phase de mobilisation mondiale.“

Ce texte figurant sur la quatrième de couverture du volumineux ouvrage de Pierre Dardot et Christian Laval Instituer les mondes, Pour une cosmopolitique des communs – paru aux éditions de La Découverte en 2025 – exprime bien la radicalité de cette recherche dont les objectifs sont éminemment stratégiques. Ces mouvements dont il est question, se réfèrent aux luttes autochtones,syndicales, paysannes, écologistes, écoféministes, antispécistes et inclusives. Dans les ZAD, sur les ronds-points, les montagnes, les forêts, les rivières et les océans, au Rojava, sur les Places, à Nuit Debout, ces expérimentations sont aussi des pratiques de transnationalisation. Ce sont des mouvements-inventions ou des mouvements-expériences menés par les assemblées de quartiers Cabildos du Chili, par les Zapatistes, les Maori ou les Machupe, par les communautés coopératives d’Occupy à New York et ailleurs. Selon les diverses approches des milieux de vie en autogouvernement, on peut évoquer le municipalisme progressiste, le communalisme libertaire, ou encore le bio-régionalisme. C’est d’abord la dimension instituante de ces communs, dans leur pluralité, qui va être analysée lors de la rencontre-débat avec Pierre Dardot et Christian Laval, afin de comprendre comment ces pratiques peuvent générer des actes collectifs d’institution où le principe du commun condense l’essence même de la démocratie.

Ce n’est pas un hasard si, dans cette période si trouble et dangereuse, un certain nombre de publications et de colloques portent sur la cosmopolitique, à travers des notions telle que la relationnalité,la géopolitique d’en bas ou la dissolution des frontières. Nous verrons comment les communs et les biens communs, y compris les biens communs publics mondiaux et naturels, constituent des leviers politiques et concrets pour construire, avec les habitants de la terre, une nouvelle cosmopolitique. Peut-on imaginer que ces individus et collectifs engagés pour la préservation des biens communs et du vivant puissent devenir de véritables diplomates ? C’est-à-dire des traducteurs, des enquêteurs, des mandataires, des ambassadeurs enfin, des milieux de vie incluant les vivants, humains et autres qu’humains ?
À l’encontre des pratiques des diplomaties officielles menées sous l’égide du néo-libéralisme et du capitalisme extractiviste et propriétaire, et en opposition à la diplomatie climatique qui échoue à contraindre les États récalcitrants à prendre et surtout à appliquer de véritables mesures, la cosmopolitique des communs et des biens communs appelle-t-elle encore une diplomatie et, si c’est le cas, en quel sens inédit faut-il le comprendre ? »

Pierre Dardot est philosophe, Christian Laval sociologue. Ils sont tous les deux chercheurs au Sophiapol (Université Paris Nanterre) et membres du Groupe d’études sur le néolibéralisme et les alternatives (GENA). Ils ont écrit de nombreux livres ensemble dont La Nouvelle raison du monde en 2009 sur le néolibéralisme, Marx, prénom : Karl en 2012 sur la pensée de Marx et Commun (2014) sur les alternatives politiques contemporaines. Ils ont également publié une histoire de la souveraineté de l’État (Dominer, 2020) et plus récemment un livre qui est le complément de ce dernier, Instituer les mondes, Pour une cosmopolitique des communs (2025).
Dans leurs travaux, ils cherchent à rendre compte des formes spécifiques d’oppression et d’exploitation qui caractérisent le capitalisme et l’État tels qu’on les connaît aujourd’hui en remontant pour cela aux logiques de puissance qui les animent. Parallèlement, ils observent et analysent les mouvements et les luttes porteurs d’alternatives à la situation présente et développent une réflexion stratégique sur leur nécessaire transversalité. La question politique centrale à leurs yeux porte sur la manière de composer un monde commun à partir des multiples façons de faire monde.

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Claire Dehove, initiatrice du collectif WOS/agence des hypothèses, est artiste diplomate. WOS, créé en 2004, pratique un art socialisé qui a généré des dispositifs contributifs (Hall de Gratuité à Bobigny, Libre Ambulantage à Dakar, les Anarchives de la Révolte, les Anarchives de la Migration). WOS expérimente des institutions potentielles (Ministère des Affaires et Patentes, Humaines, Animales, Végétales et Élémentaires/ MAPHAVE à Montréal (2015) l’Ambassade des Communs à Bordeaux-Pessac (2016) et l’Ambassade de la MétaNation avec Quebracho Théâtre (créée en 2018 au Centre Pompidou et activée transnationalement, de Bruxelles à Yaoundé en passant par Beyrouth). Elle pratique, non sans humour, l’art de la diplomatie au cours de missions cosmopolitiques, de rencontres-débats ou de cérémonies, souvent dans des institutions dédiées à la préservation des biens communs essentiels à la vie des humains et des non humains. Ces espaces de négociation se nomment Université du bien commun, Maison Heinrich Heine à Paris, Conseil diplomatique des bassins versants du Rhône, à Genève ou Festival Chemin faisant à Chamonix… Claire Dehove a publié de nombreux articles. Elle est docteure en Esthétique et sciences de l’art, membre du Comité de pilotage de l’Université du Bien Commun Paris et chercheuse au PASlab.LaCollective.

L’UNIVERSITÉ DU BIEN COMMUN À PARIS
Identifier, faire connaître et reconnaître les biens communs comme des spécificités démocratiques, écologiques, économiques et juridiques.

Initiée en 2017 par Riccardo Petrella, Frédéric de Beauvoir et Cristina Bertelli – avec Yovan Gilles et la revue Les périphériques vous parlent -, rejoints par les membres fondateurs, l’Université du bien commun à Paris est dirigée par un comité de pilotage qui oriente et organise les activités.

Des intervenant.e.s, sympathisant.e.s et collaborateur.rice.s, un réseau de chercheur·e·s, spécialistes, juristes, praticiens de la biodiversité, des militant·e·s associatifs, des parlementaires et des collectifs de citoyens permettent d’affirmer son rôle d’Université, populaire et collégiale, de développer et de renouveler ses interventions, de suivre les évolutions concernant les biens communs en France et dans le monde.


🥗☕️🍻 La Buvette de l’Académie est ouverte du mercredi au samedi de 11h à minuit !
Au déjeuner, venez déguster des plats végétariens, de saison et ultra locaux, avec des options végan et sans gluten, cuisinés par Yes We Camp. Au goûter, des gâteaux et pâtisseries et en soirée des petits plats à partager. À toute heure, bières, vins, boissons chaudes et fraîches !