Lors des deux dernières décennies, le concept du « vivant » s'est répandu avec force dans le discours écologique et, en conséquence, dans celui des problématiques concernant les biens communs. Venez rencontrer le philosophe Francis Wolff
Cette rencontre avec le philosophe Francis Wolff est organisée avec Cristina Bertelli & Yovan Gilles, initiateurs et membres de l’Université du bien commun – Paris
Le concept du vivant en question : anthropocentrisme ou biocentrisme ?
Lors des deux dernières décennies, le concept du « vivant » s’est répandu avec force dans le discours écologique et, en conséquence, dans celui des problématiques concernant les biens communs. L’Université du bien commun à Paris a elle-même exploré le champ émergent des droits de la nature et des non-humains à plusieurs reprises, aux plans juridique et philosophique. Il semble cependant nécessaire de clarifier la portée et la pertinence de ce concept de vivant. C’est l’objet de cette session.
Le basculement vers la notion de vivant pour remplacer celle d’humain, de nature, de culture est devenu presque une évidence. La dualité humain/nature s’en trouve par elle dépassée, la nature n’est plus le socle de la pensée écologique. Mais qui entendons nous protéger quand nous parlons de « protéger le vivant » ? Quoi inclure et caractériser dans cette catégorie extensive du vivant ?
La théorisation de l’Anthropocène a symboliquement marqué le début d’une réévaluation critique de la place de l’humain dans son environnement et des dualismes essentialistes entre nature et culture hérités de la tradition humaniste (avec Philippe Descola et Bruno Latour, entre autres). Les liens d’interdépendance entre humain et non-humain rebaptisés globalement le vivant remettent en question la position de l’humain, prenant en compte la subjectivité animale et végétale, intégrant des mondes présentant d’autres formes d’intelligence ou d’expérience. Un certain biocentrisme s’installe par là. Un biocentrisme très généreux accordant à tous les vivants une valeur égale.
La biodiversité n’a pas de valeur intrinsèque et sa sauvegarde n’est pas une fin en soi. Les humains sont des êtres vivants, dont le sort est indissolublement lié à celui des autres habitants de la planète. Pourtant, ce slogan généreux et inclusif dissimule des problèmes considérables. Nous sommes confrontés, en effet, à l’oscillation entre éthique animale et éthique environnementale, qui recouvrent deux tendances différentes, aussi légitimes l’une que l’autre mais opposées dans leurs principes et leurs conséquences. L’éthique animale se rapporte à l’individu : elle s’inquiète du sort de chaque animal, parmi ceux qui sont susceptibles de souffrir. L’éthique environnementale s’occupe des grands ensembles : les espèces, les populations, les biotopes…
Selon Francis Wolff, si nous avons besoin d’une éthique environnementale et d’une éthique animale, et s’il nous faut apprendre à les combiner, nous n’avons pas besoin, en revanche, d’une éthique du vivant, qui entraîne les deux autres dans des impasses. D’où la nécessité de redonneraux concepts de l’écologie toute leur ampleur et leur pertinence, que seul un humanisme revivifié peut leur conférer.
Francis Wolff montre que la seule communauté morale possible, consciente de la notion de valeur, est l’humanité. « Ce n’est pas la vie qui a une valeur absolue, c’est chaque vie humaine ». S’ensuit-il un droit de surexploiter et détruire à tour de bras tous les écosystèmes ? Non. Au contraire : c’est à l’être humain qu’il revient de gérer le contrat qui le lie à la biosphère.
Nous vous invitons à partager avec le philosophe Francis Wolff des interrogations cruciales pour comprendre la critique de l’usage systématique de la notion de « vivant » par certains courants de la pensée écologique.
L’intervention de Francis Wolff sera suivie d’un échange avec les membres de l’Université du bien commun et avec le public.
Les intervenants
Francis Wolff L’œuvre de Francis Wolff, professeur émérite à l’École normale supérieure de Paris, est une des plus importantes de la scène philosophique française. Vaste, rigoureuse, percutante, ouverte sur les apports les plus divers, de la philosophie antique à l’école analytique anglo-saxonne, elle touche aussi bien à l’histoire de la pensée qu’à la philosophie des sciences, à la métaphysique qu’à l’éthique, la musique ou la corrida. Avec une constante : la tentative de penser à nouveaux frais la notion tant décriée d’humanisme, à laquelle Wolff a consacré plusieurs livres importants, en particulier Plaidoyer pour l’universel. Fonder l’humanisme (Fayard). A cette lumière, sa rencontre avec les enjeux de la pensée écologique, que prolonge et approfondit son dernier livre, La vie a-t-elle une valeur ? (Philosophie magazine, éditeur), se révèle d’une rare fécondité.
Cristina Bertelli Galeriste d’art contemporaine en Italie, elle fonde, avec Marc’O, à Paris en 1991, le Laboratoire d’études pratiques sur le changement ainsi que l’association Star (science, technologie, art, recherche), qui générera le collectif d’édition multidisciplinaire et d’ingénierie culturelle Les périphériques vous parlent, qu’elle continue de présider, visant à favoriser la créativité comme « condition de transformation sociale ». Elle a impulsé plusieurs projets internationaux visant à renforcer les processus démocratiques en dehors de la mondialisation économique, et a réorganisé la Fondation Danielle Mitterrand autour de la sauvegarde de l’eau.
Yovan Gilles co-anime l’association et revue multimédia Les périphériques vous parlent. Corédacteur en chef, essayiste, auteur de nombreux articles et coordinateur d’ouvrages collectifs dans les champs socioculturel, philoso-phique et de l’écologie scientifique, il intervient également auprès de tous publics sur les discriminations.Il mène aussi une activité artistique multidisciplinaire et est co-fondateur de l’Université du bien commun à Paris. Il a publié, en 2024, Travail et réalisation de soi. La condition oeuvrière (Ed. Libre et Solidaire). Fevpenserlécologie
Retrouvez ce programme complet en pdf en cliquant sur le lien suivant : ici !
l’Université du bien commun a pour objectif d’identifier, faire connaître et reconnaître les biens communs comme des spécificités démocratiques, écologiques, économiques et juridiques.
Initiée en 2017 par Riccardo Petrella, Frédéric de Beauvoir et Cristina Bertelli – avec Yovan Gilles et la revue Les périphériques vous parlent -, rejoints par les membres fondateurs, l’Université du bien commun à Paris est dirigée par un comité de pilotage qui oriente et organise les activités.
Des intervenant.e.s, sympathisant.e.s et collaborateur.rice.s, un réseau de chercheur·e·s, spécialistes, juristes, praticiens de la biodiversité, des militant·e·s associatifs, des parlementaires et des collectifs de citoyens permettent d’affirmer son rôle d’Université, populaire et collégiale, de développer et de renouveler ses interventions, de suivre les évolutions concernant les biens communs en France et dans le monde.
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